Deux textes autour de la Peinture de Sable



Premiers pas dans le sable Premiers pas dans le sable Premiers pas

Ma première démarche est la marche, premier tracé, premier
mouvement-temps dans la texture espace, première notion de mon
corps véhicule, mémoire messager fragile. Les matériaux que je
rencontre m’inspirent quelques tentatives d’intégration dans ma
peinture, jusqu’à trouver mon support dans le sable.

Le SABLE parce que j’ai le sentiment que l’élément
principal dans lequel vit l’homme est le temps. Le sable peut
exprimer deux notions complémentaires du temps : le sable
s’écoulant dans le sablier pour le temps qui file entre les doigts
mais aussi le sable devenu matière picturale qui minéralise l’espace,
lui conférant au contraire une dimension de temps retenu, une
impression, sinon d’éternité, au moins de longévité.

Avec la MARCHE, un tracé linéaire sur une carte devient
odeurs, couleurs, textures, lieux, créant des ensembles définis se
succédant : des éboulis de bord de mer, un plateau, le site
d’une ville antique, des gorges, un trajet en bateau. Pour traduire
cet épisode, faut-il choisir un seul moment ? Au contraire, la
succession des instants comme un tout lié est le véritable
témoignage du voyage. Ainsi, je ne sacrifie aucun moment, car si
l’un d’eux est le plus intense, c’est par l’aridité du précédent ou
la douceur du suivant.

J’ai toujours été fasciné par la SIMULTANEITE des
instants ou petits mondes contenus dans un seul tableau de
Bruegel, Bosch ou Patinir par exemple, sans que l’ensemble en
soit altéré, détruit. C’est une leçon symphonique où chaque
partie concourt à l’ensemble.

Je reste figuratif. Car tout en exprimant cette démultiplication
du temps, je ne veux pas sacrifier la densité d’une forêt, un
demi-jour sur un chemin ou le relief éclairé d’un mur. Je peins
tous ces petits VOYAGES pour exprimer un grand voyage, nous sommes de fragiles
nomades, jamais totalement installés dans la vie.


 


PAR LA LUMIERE, LA FORME VOYAGE.

La lumière nous semble voyageuse, de la nuit au jour et du jour à la nuit. Elle nomadise
les formes, les révélant sous des aspects multiples, les transgressant. Ainsi, le format de mes
tableaux, comme brisé par la lumière, est fractionné en facettes, petits cartons juxtaposés.
Toutes ces transformations, comme la course des ombres sur un cadran solaire, marquent le
temps. Aussi, j’utilise le sable comme matériau constitutif de ma peinture: il peut exprimer
le temps rapide du sablier, mais aussi le sentiment de longévité d’un espace minéralisé
rivalisant avec le rocher. Par sa façon de briller légèrement, le sable restitue dans le tableau
la vibration de la lumière. Employé en couches transparentes, il recouvre une forme qui
apparaît imprécise, comme baignant dans l’ atmosphère. La course des ombres est celle de
mes personnages voyageurs. La lumière de mes peintures est essentiellement une lumière
picturale, celle de la palette. Ainsi, les couleurs des formes deviennent comme des états de
la lumière générale du tableau.



PASCAL GOEMAERE